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Retour sur la présentation de Valérie Peugeot de Sofrecom sur le web de données du 28 janvier dernier. Qu'est-ce que c'est ? A quoi ça sert ? Où on en est ? Pourquoi ça bloque ? … en vidéo.
Jean-Michel Salaün revient sur une étude de la Kaiser Family Foundation sur les pratiques des médias des 8-18 ans aux Etats-Unis. Le temps d'exposition aux médias reste toujours élevé (4h29 en moyenne en 2009) au profit de la télé surtout. Télé pour laquelle si la pratique diminue, le visionnage différé augmente.
Culture Mobile consacre un dossier à la participation et à la démocratie électronique à l'occasion du Colloque de l'association Décider Ensemble qui se tenait à l'Assemblée Nationale en juillet 2009.
"Bref, il ne s?agit pas d?« annoncer la fin du Web 2.0 », mais de se désintoxiquer de son idéologie et du regard biaisé qu?elle conduit à porter sur le Web. Pour enfin voir ce nouveau Web de masse tel qu?il est : 1,7 milliards d?internautes aujourd?hui, dont l?écrasante majorité n?envisage pas d?utiliser cet outil autrement que comme un consommateur, une toute petite minorité choisissant plutôt de l?utiliser? comme un hacker?"
Chris Anderson pour Wired revient sur la révolution du Do It Yourself, en tenant de montrer que la prochaine révolution industrielle portera sur la fabrication d'objets réels. Allons-nous tous devenir des ingénieurs-bricoleurs ?
IdéNum est une clé USB permettant de s'identifier sur tous les services en lignes (publics et privés) afin de mettre fin au cauchemar des mots de passe. Mais le projet a pour l'instant quelques handicaps, souligne LePoint. Payant pour l'utilisateur, il n'est pas sûr et certain que tous les services aient besoin d'un identifiant unique pour fonctionner… "Il est possible qu'IDéNum fasse un flop aussi retentissant que Moneo"
Quels sont, dans les villes imaginaires, les éléments clés qui participent à l'imaginaire de la ville ? Décodage d'oeuvres artistiques pour comprendre la ville dont on rêve…
L'expérience vidéo-ludique a certainement influencée notre perception de l'espace, explique Philippe Gargov en montrant que Google Street View n'aurait certainement pas existé si les développeurs n'avaient pas été bercés à la vue subjective. Comment la cartographie doit s'inspirer de notre culture vidéoludique !
“Paradoxalement, la situation était moins désespérée dans l?ancienne RDA dans la mesure où ses habitants connaissaient leur « big brother », à savoir la Staatssicherheit (STASI), et qu?ils disposaient du « droit à l?insurrection », alors que nous sommes aujourd?hui non seulement confrontés à une multitude de « petits brothers » impossibles à localiser, mais que, en outre, nous ignorons délibérément la menace que ces derniers font peser sur les libertés individuelles.”
Le propos d’Alex Türk, président de la CNIL, est quelque peu outrancier : le “droit à l’insurrection” existe aussi en démocratie. Il n’empêche : le parallèle à le mérite de la concision. Pour mieux apprécier la solennité du propos, on notera également qu’il fut tenu dans l’enceinte de l’Assemblée nationale, à l’occasion de l’audition du président de la CNIL par l’Office parlementaire d?évaluation des choix scientifiques et technologiques.
Ce 15 décembre 2009, Alex Türk voulait sensibiliser les députés à l’importance du “droit à l?oubli“, d’autant plus fondamental que “dans notre société numérique“, il n’y a pas de liberté d?expression, non plus que de liberté d?aller et venir, sans vie privée ni droit à l’oubli.
Dans l’ex-RDA, on se méfiait de ses voisins, conjoints, amis ou membres de sa famille qui, tous, pouvaient être des informateurs de la Sécurité d?État (Staatssicherheit, dite Stasi). L’abolition de la vie privée permettait de contrôler, sinon les pensées, tout du moins leur expression. Aujourd’hui, note Alex Türk, les citoyens sont “soumis à un double traçage : un traçage physique à travers la vidéosurveillance ou encore la géolocalisation ; un traçage temporel à travers les réseaux sociaux et les moteurs de recherche“.
Pour autant, on ne peut pas mettre aussi facilement sur le même plan “traçage physique” et “traçage temporel“, vidéosurveillance et réseaux sociaux : d’un côté, les traces sont enregistrées par des dispositifs de contrôle et de suspicion; de l’autre, elles sont conservées par des logiciels de service et de communication.
La vidéosurveillance, tout comme la géolocalisation, la biométrie, les fichiers policiers, “listes noires” et autres technologies de surveillance, ont pour objet de dissuader fraudeurs, délinquants et criminels d’opérer -voire de les identifier.
Les réseaux sociaux, tout comme les blogs, forums et autres chats ont, eux, pour objet de nous permettre de nous y exprimer. Les moteurs de recherche, services et sites web ont, quant à eux, pour fonction de nous rendre service, de nous aider à nous repérer, et nous déplacer, dans la masse de données disponibles sur les réseaux et dans les bases de données.
En résumé, nous avons donc d’un côté des traitements de masses qui recherchent à lutter contre une minorité de déviants, aux comportements “non autorisés“, de l’autre, des traitements personnalisés qui cherchent à faciliter l’accès au savoir, aux services, et donc l’exercice de nos libertés (d’expression, de circulation, etc.) dans la société de l’information.
Mettre sur le même plan “traçage physique” et “traçage temporel” revient donc à comparer des technologies d’exclusion qui visent à identifier les déviants, avec des technologies d’inclusion qui proposent aux citoyens de participer à la vie de la société.
Les premières relèvent d’une logique “top down” très hiérarchisée : les données sont collectées à notre insu, ou nous y sommes contraints, forcés, par des agents de sécurité répondant aux ordres de personnes situées au sommet de la pyramide de pouvoir.
Les secondes, a contrario, relèvent d’une approche “bottom up” (ascendante) et décentralisée : nous entrons nous-mêmes les données nous concernant, soit pour les partager avec la communauté, soit pour obtenir en échange la réponse à l’une de nos questions.
Les mettre sur le même plan procède au mieux d’une incompréhension totale de ce qui différencie technologies de surveillance et de communication, au pire d’un douteux amalgame politique visant à justifier les premières au nom des secondes et, par exemple, l’existence du fichier Edvige au motif que nombreux sont ceux qui renseignent leurs profils Facebook.
Daniel Kaplan a déjà eu l’occasion de rappeler à quel point ce rapprochement était hasardeux, les informations inscrites (à notre insu) dans les fichiers policiers relevant d’un “principe de soupçon” , alors que ce que l’on publie (volontairement) sur les médias sociaux relève a contrario de la liberté d’expression, sinon d’un désir d’être vu. Par ailleurs, et comme je l’avais écrit dans La vie privée, un problème de vieux cons ? :
“De même que le port d?une mini-jupe ou le fait de bronzer les seins nus ne sont pas des incitations au viol, l?exposition ou l?affirmation de soi sur les réseaux ne saurait justifier l?espionnage ni les atteintes à la vie privée.”
Il n’est d’ailleurs pas anodin de remarquer que c’est depuis la polémique suscitée par la création du fichier Edvige, durant l’été 2008, que la question du “droit à l’oubli“, et des menaces en terme de vie privée que représenteraient les réseaux sociaux en général, et Facebook en particulier, ont émergé.
En décembre dernier, France 2 consacrait ainsi un “Envoyé spécial” à la Planète Facebook. Las : comme le souligna André Gunthert, “ce premier reportage de la télévision publique consacré aux réseaux sociaux restera comme l’un des symptômes les plus achevés des incompréhensions de la société française“, suscitant des dizaines de réactions, billets et commentaires outrés de ce reportage à charge confinant à la diabolisation de l’internet en général, et des médias sociaux en particulier :
“Qu’a appris le téléspectateur? Que Facebook capte toutes vos données privées, y compris vos préférences sexuelles, et les partage avec ses 150 millions de membres. Qu’il sert à des gamines de 14 ans à s’exhiber et à trouver de la drogue. Qu’il fâche les couples et leur permet de s’espionner.
Mais le meilleur est gardé pour la fin. Derrière Facebook, nous susurre-t-on, se dissimule en réalité un complot planétaire: une gigantesque collecte de données, susceptible d’être vendue à la CIA, voire livrée à un fabricant de robots-mixers. Si l’on doutait encore, une caméra filmant la couverture du livre d’Orwell en apporte la preuve: Facebook = Big Brother. CQFD.”
De retour sur le plateau, Jérémie Drieux, l’auteur du reportage, concluait d’ailleurs d’un laconique : “si on veut préserver sa vie privée, il ne faut pas s?inscrire“.
Comme le remarquait Fabrice Epelboin sur RWW, “dans le même esprit, si vous ne voulez pas mourir au volant, il ne faut pas conduire. Si vous ne voulez pas périr dans les flammes lors d?un crash aérien, il ne faut pas prendre l?avion, et pour éviter tout accident domestique, évitez la cuisine.” (voir, aussi, les réactions d’Eric Delcroix sur les z’ed, de Vincent Glad sur BienBienBien.net, ou encore le mur du groupe Facebook consacré à l’émission).
David Abiker, dans la foulée, inventait le concept de “moranoïa“, jeu de mot entre paranoïa et le nom de famille de la secrétaire d’Etat chargée de la Famille et de la Solidarité, Nadine Morano, initiatrice d’une campagne de prévention contre les dangers de l’internet :
La Moranoïa, mot que j?invente pour l?occasion, c?est la peur des nouvelles techniques de communication. On parlera de Moranoïaque pour qualifier celui qui craint qu?internet ne dévore les enfants ou le rende aveugle ou provoque de mauvais résultats sportifs.
Dans les années 20, la femme adultère était représentée allongée voluptueusement sur un sofa un téléphone dans une main. C?était sur des cartes postales. C?était la façon dont la société se la représentait. Et c?est bien sûr le moyen de communication révolutionnaire de l?époque, le téléphone, qui était responsable de cette émancipation qui ne pouvait que donner des cornes au mari.
La technologie fait peur, surtout quand elle permet d?être plus libre.
En mars, un article de Libération, Facebook, le meilleur ami du détective privé, suivi, en avril, d’un autre du Figaro, Facebook ou MySpace : une mine d’or pour la police, se plaisaient eux aussi à amalgamer Facebook et fichiers policiers, avec des arguments imparables :
«Facebook est très efficace, bien plus utile que les fichiers policiers comme Edvige. La Cnil ne nous met pas des bâtons dans les roues
Les gens racontent toute leur vie en détail. Et le plus fou: les informations sont exactes, la plupart ne mentent même pas.»
Si l’on peut comprendre que les criminels cherchent à mentir aux officiers de police judiciaire qui les interrogent, les internautes ont, par contre et aussi étonnant que cela puisse paraître, effectivement tendance à raconter la vérité -leur vérité- lorsqu’ils parlent à leurs amis?
Il ne se passe quasiment pas une semaine, depuis un an, sans que l’on apprenne, dans les médias, qu’un internaute n’a pas été recruté, ou bien qu’il a été licencié, parce que son ex-futur employeur avait découvert, sur son profil Facebook, une photo de lui (ou d’elle) les fesses à l’air, ou en train de faire la fête alors qu’il s’était déclaré en arrêt maladie. De temps à autre, des faits divers plus ou moins sordides révèlent également que l’on peut aussi être agressé, voire même assassiné, “à cause de Facebook“.
Lit-on jamais, dans le même temps, “assassinée à cause d’un couteau“, “mort à cause d’une Peugeot“, “violée à cause d’un bistrot“, “licencié à cause d’une photo” ?
Un peu de rigueur intellectuelle suffirait pourtant à requalifier les faits, et expliquer que ces faits divers médiatisés à l’envi n’ont pas eu lieu “à cause de Facebook“, mais à cause de la légèreté ou de l’inconscience de certains de ses utilisateurs, et plus encore du fait de la jalousie, de la bêtise ou de l’agressivité de leur employeur ou agresseur.
Il est si facile d’accuser l’internet en général, et les réseaux sociaux en particulier, de tous les maux. Et cela fait quinze ans que cela dure : la toute première émission de télévision consacrée, en France, à l’internet, en décembre 1995, se fit ainsi fort de rappeler qu’”outre quelques sites amusants comme celui du Louvre ou de la bibliothèque du Congrès, on ne trouvait guère sur l?Internet que des pirates, des néonazis et des pédophiles“.
Depuis, on ne compte plus le nombre de reportages diabolisant ainsi le Net, accusé de faire le lit des “pédo-nazis“.
Depuis les attentats de septembre 2001, il faut bien évidemment aussi compter avec les terroristes, même s’il n’a jamais été établi que les kamikazes du 11 septembre aient utilisé le Net pour préparer leur forfait (voir “Terrorisme : les dessous de la filière porno“).
On ne saurait non plus oublier les “pirates“, soi-disant responsables de la crise que traverse l’industrie musicale. Et depuis le scandale du fichier policier Edvige, et la prise de conscience que l’abus de fichiers et de surveillance peut nuire à la démocratie, il faut aussi désormais compter avec une nouvelle menace, ou plutôt un nouveau chiffon rouge : ceux qui montrent leurs fesses sur Facebook…
Leurs fesses, mais pas seulement : surfant sur cette vague somme toute conservatrice et réactionnaire, nous assistons également, depuis un an, à un festival de tirs à vue accusant le Net d’être “la pire saloperie de l’histoire de l’humanité” (Jacques Séguéla), de “tout-à-l’égout de la démocratie” (Denis Olivennes), sans oublier cette inénarrable saillie de Frédéric Lefebvre, qui voulait ainsi prôner la labellisation des sites web :
“L?absence de régulation financière a provoqué des faillites. L?absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes ! Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent ? Combien faudra-t-il de morts suite à l?absorption de faux médicaments ? Combien faudra-t-il d?adolescents manipulés ? Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde ? Combien faudra-t-il de créateurs ruinés par le pillage de leurs ?uvres ?
Il est temps, mes chers collègues, que se réunisse un G20 du Net qui décide de réguler ce mode de communication moderne envahi par toutes les mafias du monde. [...] La mafia s?est toujours développée là où l?État était absent ; de même, les trafiquants d?armes, de médicaments ou d?objets volés et les proxénètes ont trouvé refuge sur Internet, et les psychopathes, les violeurs, les racistes et les voleurs y ont fait leur nid.”
Le point d’orgue fut probablement la diffusion, sur leMonde.fr, de la désormais célèbre vidéo du dérapage de Brice Hortefeux qui, pour sa défense, expliqua qu’il ne se moquait pas des arabes, mais bien des Auvergnats.
Alors qu’elle avait été filmée par des journalistes de Public Sénat, et diffusée sur le site web du quotidien Le Monde, les soutiens du ministre de l’Intérieur n’eurent de cesse de s’en prendre à l’internet et au “fonctionnement malsain de la Toile“, pour reprendre l’expression de messieurs Devedjian et Besson, Jean-François Copé appelant quant à lui de ses voeux à “un débat public sur Internet et la liberté“, au motif que “l’absence de règles est l’anarchie et la loi du plus fort“.
Le plus en verve fut probablement Henri Guaino, la plume de Nicolas Sarkozy, qui, interviewé sur France Info, enchaîna les diatribes :
“Je trouve que nous entrons dans une société étrange où l’on ne peut plus rien dire, plus rien faire. La transparence absolue, c’est le début du totalitarisme, le comble du totalitarisme : il n’y a plus d’intimité, de discrétion, on est toujours surveillé, toujours contrôlé (…) il faut juste faire attention de ne jamais rien dire.
Internet ne peut être la seule zone de non-droit, de non-morale de la société, la seule zone où aucune des valeurs habituelles qui permettent aux gens de vivre ensemble ne soit acceptée. Je ne crois pas à la société de la délation généralisée, de la surveillance généralisée, c’est la pire des sociétés qui soit.”
Ironie de l’histoire, le ministre de l’Intérieur venait précisément, la veille de la diffusion de la vidéo sur leMonde.fr, de se faire l’avocat de la société de surveillance, en présentant son plan de déploiement de la vidéosurveillance :
“Je suis naturellement attaché à la préservation des libertés individuelles. Je le dis clairement, et chacun peut le voir, la vidéo, c?est de la protection avant d?être de la surveillance. Les caméras ne sont pas intrusives, elles ne sont pas là pour épier, mais pour protéger.
Si vous n?avez rien à vous reprocher, vous n?avez pas à avoir peur d?être filmés ! Instaurer la vidéo-protection, c?est identifier les fauteurs de troubles, c?est décourager les délinquants ; c?est, surtout, veiller sur les honnêtes gens.”
Depuis Daniel Solove on sait pourtant que la vie privée ne se résume pas à la négation de la tension entre le fort et le faible.
Evoquant la montée en puissance de la société de surveillance, Alex Türk avait tenté de résumer la situation comme suit : “Si vous croyez que le monde ressemblera un jour à celui de Big Brother, détrompez-vous? Vous êtes en plein dedans !“, avant de préciser que “Lorsqu?on ne s?étonne plus du traçage, de la vidéosurveillance ou de la conservation des données, c?est justement le signal qu?on est entré dans un monde orwellien?.
L’an passé, la CNIL a révélé que plus d’un million de personnes sont enregistrées comme “suspectes” dans le plus important des fichiers policiers, alors qu’elles ont été blanchies par la justice. Les contrôles qu’elle a effectués dans ce même fichier ont révélé un taux de 83% d’erreurs.
La question n’est pas de savoir si l’on a quelque chose à se reprocher : le problème, c’est que même innocent, on peut être fiché, et considéré comme suspect. Ainsi, le FNAEG, fichier des empreintes génétiques créé initialement pour répertorier les criminels sexuels, a depuis été étendu aux simples suspects de plus de 130 crimes et délits. Résultat : plus de 75% des 1,08 millions de personnes qui y sont fichées au n’ont pas été condamnées, et sont donc toujours présumées innocentes de ce dont elles ont été suspectées.
Un rapport parlementaire, commandé à la suite du scandale Edvige, a révélé que le nombre de fichiers policiers avait augmenté de 70% ces trois dernières années, et que le quart de ces 58 fichiers étaient “hors la loi“. La proposition de loi des députés, qui visait à mieux encadrer ces fichiers, a été “enterrée en grande pompe” par le gouvernement.
Un mois auparavant, Brice Hortefeux venait de créer deux nouveaux fichiers en remplacement du défunt Edvige. L’un d’entre eux servira expressément aux enquêtes administratives effectuées pour jauger la “moralité” d’un certain nombre de salariés. Policiers, gendarmes, convoyeurs de fonds, contrôleurs RATP, employés dans les aéroports ou les autoroutes, arbitres de pelote basque, entraîneurs de lévriers… Plus d’un million de personnes sont concernées. Or, il suffit d?être ?suspecté?, non pas d?avoir perpétré un ?acte? délictueux, mais d?avoir adopté un ?comportement? contraire ?à l?honneur? ou ?aux bonnes moeurs? pour y être fiché… et licencié.
Pendant ce temps-là, Brice Hortefeux et ceux qui le soutiennent tentent d’assimiler l’internet à une “société de surveillance“… et la notion de “vie privée” est réduite au seul “droit à l’oubli” sur l’internet, incarné par ces adolescents qui, s’exprimant sur Facebook, risquent de voir leurs propos archivés par Google pendant des années…
Il y a un mot pour qualifier cela : c?est de la novlangue, du nom donné à cette “simplification lexicale et syntaxique de la langue destinée à empêcher l’expression de pensées hétérodoxes ou critiques“.
On ne retient généralement de 1984, le roman de George Orwell, que la seule société de surveillance. O, la Police de la pensée de Big Brother ne ?surveille? pas pour ?surveiller?, mais pour se maintenir au pouvoir, ce pour quoi elle cherche à contrôler les mots, les pensées.
La question de la ?vie privée? est politique : il n?y a pas de libertés sans vie privée, et le sujet est autrement plus intéressant, important et vital pour nos démocraties que ces histoires d’ados qui montrent leurs fesses sur Facebook?
Problème : les internautes sont la nouvelle chienlit. Pas tous les internautes, certes : ceux qui se contentent d’y faire leurs courses n’ont rien à craindre. Ceux qui, par contre, s’en servent pour s’exprimer sur les réseaux sociaux, blogs, forums, et y témoigner, notamment, de leurs mécontentements, ceux-là font peur. Parce qu’ils osent s’attaquer de front à ceux dont le métier, ou la fonction, est de porter la parole publique, sinon de maîtriser, voire façonner l’opinion.
Il y a quelques années, l’internet faisait peur aux journalistes, l’internet allait tuer la presse. Puis ce fut le tour des industriels et professionnels de la musique, habilement relayés par bon nombre d’intellectuels et de politiques, dont les postures de commandeurs sont débattues sur le Net, et remises en question, et qui ne goûtent pas du tout ce genre de contradiction venue d’”en bas“, venue du “peuple“.
Mais contrairement aux années 60-70, la “jeunesse” ne cherche pas particulièrement à défier le conservatisme de la génération d’avant : en ce XXIe siècle, ce sont les “vieux cons“, hostiles aux libertés associées à l’internet, qui se mettent à agresser ces “petits cons” d’internautes.
jean.marc.manach (sur Facebook), manhack (sur Twitter).
Illustrations : affiches de mai 68, à l’exception du “Stasi 2.0“, utilisé en Allemagne, depuis 2007, pour dénoncer la société de surveillance et l’inflation des mesures sécuritaires proposées par le ministère de l’Intérieur.
économie de l'attention, communauté, identité, identités actives, innovation sociale, non-usage, Participation, politiques publiques, réseaux, réseaux sociaux, surveillance, web 2.0Il y a 4 ans, nous rencontrions André Gunthert, directeur du Laboratoire d’histoire visuelle contemporaine (Lhivic), pour évoquer avec lui la révolution Flickr. Depuis, le web 2.0 s’est largement installé, même s’il a aussi largement montré ses limites, notamment à transformer tout un chacun en producteur de contenus, d’images, de vidéos, de textes… Il n’est pas étrange qu’aujourd’hui, ce ne soit plus tant la manière dont on produit des images qu’il nous intéressait d’interroger, que la manière dont on les consulte.
Le web créatif des amateurs est-il en train de céder le pas face au web des industries culturelles ? Chacun à leur mesure, Hadopi comme l’iPad d’Apple, “un outil tout entier dédié à la consultation”, n’en sont-ils pas les premiers symboles ?
InternetActu.net : Le contenu généré par l’utilisateur (User generated content, UGC) est-il vraiment le “trésor” du web 2.0 ? Qu’est-ce qui est plus important finalement sur YouTube, les quelques vidéos créées par les amateurs ou cette transformation radicale de la diffusion ?
André Gunthert : Sur YouTube, le modèle dominant n’est pas celui de la création de contenus. Sur Youtube, nos enfants ne produisent pas de vidéos. Ils sélectionnent des contenus. Leur usage principal : c’est le visionnage.
Les chercheurs ont tendance à considérer la production plutôt que l’activité de consommation. Ils n’observent pas beaucoup non plus l’espace du partage, qui se situe entre les deux et dont le signalement, tel qu’il se pratique sur Facebook ou Twitter, est certainement l’activité majeure. On construit nos identités numériques par du signalement d’articles, de vidéos, d’images. C’est du flux qu’on transmet. Les deux activités les plus importantes ne sont donc pas du ressort de la production. On est resté avec l’idée que les nouveaux outils numériques facilitaient la réalisation d’images – et c’est vrai -, mais ce n’est rien par rapport à la révolution de la diffusion.
Cette dimension de la consultation est essentielle, d’autant qu’elle ne s’effectue plus comme autrefois. La différence avec les médias traditionnels est qu’on y est actif : ce que l’on trouve “personne” ne l’a trouvé pour nous.
InternetActu.net : Longtemps, pour consulter les contenus nous avons eu besoin de les collectionner…
André Gunthert : Mes enfants ne ressentent pas le besoin d’accumuler les contenus. Jeune étudiant, la Bibliothèque nationale était mon deuxième bureau, j’y allais presque tous les jours. J’achetais très peu de livres, seulement les ouvrages récents. Un jour, je rends visite à un ami à Fribourg, qui avait une très belle bibliothèque. Il était loin de tout, il avait besoin d’un outil de référence. La conservation des contenus, que nous percevons comme un réflexe naturel est en réalité dicté par un contexte, qui peut évoluer.
Pour les images, la situation d’abondance est très nouvelle. La volonté de rassembler tous les livres existe depuis Alexandrie. Il y a eu des pinacothèques, mais il n’y a jamais eu de BNF des images. YouTube ou Google Images offrent des ressources auxquelles nous n’avons jamais eu accès. C’est bien une révolution de la consultation plus que de la production.
Cette réflexion est liée aux transformations de la période récente et notamment au déplacement de l’investissement social du grand public de l’espace institutionnel vers l’espace personnel. Dans les années 1960, les modèles sociaux ont le vent en poupe : les partis et les syndicats sont les modèles d’organisation de la société, alors que la famille, jugée conservatrice, est dévalorisée. Aujourd’hui, c’est l’inverse. La famille est au premier rang de l’investissement social. Le succès de Facebook s’explique si l’on prend en compte ce grand déplacement de la confiance ou de la défiance selon le point de vue où l’on se place. Tous les éléments en perte de vitesse sont marqués du sceau des institutions, alors que tout ce qui est marqué du sceau du personnel est valorisé… Et toute l’économie du signalement de Facebook est circonscrite à cette dynamique. Ce ne sont pas tant les capacités particulières de Facebook qui font son succès, que ce qu’il valorise : le local, la dimension personnelle, le groupe d’amis comme nouveau noyau social.
Dans cette dynamique, l’image est bien sûr située du côté de la culture privée. L’image est l’une des choses qu’on n’apprend pas à l’école. Elle se situe du côté du modèle de l’investissement personnel : l’explosion de l’image ne s’explique pas seulement parce que c’est une ressource abondante, facile à produire, mais surtout, parce qu’elle est pour chacun de nous quelque chose d’intime et de proche. Elle appartient à notre culture personnelle, celle, “sauvage”, que nous avons construit nous-mêmes, comme nous construisons ce que nous cherchons sur Google. Le fonctionnement sémantique de l’image est plus fluide, moins fixé que la transmission du langage ou d’autres formes d’information codée. Cela tient en partie à la dimension sémiotique particulière de l’image, mais surtout au facteur culturel. Tout ce qui appartient à la culture sauvage bouge, circule. Les significations véhiculées par l’image ont un grand caractère de fluidité, de plasticité. L’image est un outil pour jouer, pour produire du sens second, de la dérivation… La contrepartie, c’est le risque de la mécompréhension, la mésinterprétation… La plasticité de l’image comporte en elle-même une ambiguïté native, qui favorise par exemple la publicité ou à la propagande… La question de notre environnement numérique interroge en profondeur le passage d’un espace personnel, devenu si dense, à un espace public, devenu multiple.
InternetActu.net : Paradoxalement, est-ce que l’abondance de contenus ne signe pas la fin de leur conservation ?
André Gunthert : On n’a jamais tout conservé. La photo est d’ailleurs un très bon exemple : on a perdu bien plus d’images qu’on n’en a gardées, et c’est probablement tant mieux. Pourquoi ? Parce qu’on ne peut pas appliquer les mêmes critères à la production familiale ou privée qu’à l’oeuvre d’art. L’image a différentes fonctions et notamment certaines qui sont de consommation rapide et périmable. Il faut remettre en contexte nos usages des images.
On s’aperçoit alors qu’il y a de nombreux cas où l’image ne sert que de façon très provisoire… Il y a plusieurs usages de l’image comme il existe différents types de mémoire (moyen, court et long terme). L’usage récent de photographier le numéro de sa place de parking est un exemple d’information qui n’a aucune pertinence à long terme. L’erreur est d’appliquer des raisonnements liés aux modèles de l’archive à des activités qui n’ont pas vocation à en générer. Sur Facebook on poste beaucoup d’images. Mais on en détruit aussi beaucoup. L’usage de la photo sur Facebook est un usage relationnel. Une fois qu’elle a rempli sa fonction (créer du lien, une fonction qui dure entre 24 et 72h), elle n’a plus lieu d’être.
Bien sûr, pour les lettrés, comme les blogueurs, le reflexe de la conservation et de la collection est dans nos gènes. On a commencé à réfléchir avec des bibliothèques… La collection, c’est les Lumières, la naissance du British Museum, c’est-à-dire le moment où on transforme les cabinets de curiosité en réserves de savoir, en corpus organisés, en outil culturel. Ce sont des collectionneurs qui ont inventé l’histoire, l’archéologie. Notre rapport au savoir et à la politique se transforme à partir de là. Cette organisation du réel se perpétue, mais une autre logique se superpose : celle d’une consommation immédiate et très rapide des contenus.
J’ai perdu successivement 5 ou 6 bases bibliographiques composées avec Zotero, perdant avec dépit plusieurs milliers de références. Mais je me suis rendu compte que je ne les consultais pas. Nous subissons une pression du présent, qui mange le passé. Tout se passe comme si l’offre de nouveaux contenus était de toute façon plus importante que le reste. Notre comportement par rapport à l’archive se modifie. Parmi mes collections, les DVD que j’ai achetés depuis 10 ans sont probablement ceux que j’ai le moins reconsultés. Comme pour la technologie, où le meilleur modèle est toujours celui d’après-demain, notre attention est en permanence sollicitée par la promesse, ce qui s’articule mal avec la mobilisation de nos désirs passés. Nos collections prennent la poussière, s’étiolent et meurent sans même qu’on s’en aperçoive.
Ajoutons que dans les discussions que nous avons aujourd’hui sur l’archive, la vision qu’on a de la conservation est souvent idéalisée. Il faudrait aussi rappeler la dimension contraignante de l’archive. La réalité de l’archive, c’est le contrôle de son accès. Notre nouvelle situation, celle de l’accès permanent, pose de nombreux problèmes, mais ce qu’elle nous ouvre en termes de ressources est sans commune mesure avec l’état antérieur. Pour l’instant, ce qu’on a gagné avec internet est plus précieux que ce que l’on a perdu.
Chez les plus jeunes, je constate que l’idée de collection est étrange. L’idée d’acheter des choses pour les garder les surprend. Ils ont du mal à comprendre l’utilité de l’archive: ils vivent sur l’idée de l’abondance des contenus, de la disponibilité permanente et perpétuelle des images, orientée vers le futur et non pas vers le passé. Il y a des serveurs qui, magiquement, maintiennent disponibles un contenu désirable… Le contenu de demain sera toujours plus désirable que le contenu de la veille, et si tu ne trouves pas ce que tu cherches, tu as toujours à ta disposition un contenu de remplacement. Sur Youtube, il y a toujours une réponse. La sérendipité est comme une pertinence seconde, qui vient se substituer à la réponse exacte.
InternetActu.net : Ce que vous décrivez à une conséquence… Le monde est restreint à ce qui est disponible. Ce qui ne l’est pas n’existe pas…
André Gunthert : Oui, la question est bien celle de la disponibilité. Pour exister aujourd’hui dans l’espace culturel, il faut exister dans cet écosystème là.
InternetActu.net : Vous dessinez la problématique d’une histoire de la consultation d’internet…
André Gunthert : La consultation est difficile à décrire. Alors que la production est souvent interprétée à partir d’une observation au cas par cas, sur le modèle de l’oeuvre, la consommation est mesurée globalement, de façon statistique. Je pense que le paysage de la consultation ne pourra apparaître qu’à partir d’une observation beaucoup plus rapprochée et plus précise. Sur mon blog, j’essaie d’enregistrer des exemples en contexte: Comment nos enfants, en faisant des recherches sur Youtube, lui adressent leurs rêves ? Pour eux, c’est déjà un réflexe évident.
Il y a là de nouvelles problématiques à créer. On peut regarder le développement de jeux sociaux. La visualisation en commun de vidéos à succès, dans un contexte amical ou familial, par exemple. Typiquement, c’est la tante qui n’a pas vu ses neveux depuis longtemps, et qui leur propose de regarder ensemble des vidéos sur son ordinateur. A la manière des jeux de cartes Panini qu’on échangeait dans les cours de récréation, il y a là un nouveau rituel social, un équivalent du conte de fées raconté au coin du feu ou de la prière avant de s’endormir. Les vidéos (vidéo gags, hits, publicités originales…) servent de monnaie d’échange pour fabriquer du lien social. On échange de petits objets qui ne coûtent pas cher mais, dont la consommation en commun est précieuse, sur le modèle anthropologique du don contre-don.
Bien sûr, comme le soulignait le sociologue Sylvain Maresca, dans un récent billet évoquant la non-utilisation d’écran photo connecté par certains membres d’une famille, l’installation d’une nouvelle culture ne se fait pas sans exclusion. La culture est un combat identitaire, qui ne va pas sans perte ni sans douleur.
InternetActu.net : Et la mémoire alors ?
André Gunthert : Le discours sur la perte des données numériques est un leurre. Nous avons aujourd’hui un problème de trop-plein, de tri et de sélection. Ce dont on a besoin c’est d’une bonne gestion de l’oubli. La discussion sur le droit à l’oubli initiée par la secrétaire d’Etat à l’économie numérique est mal posée, mais elle demeure une bonne question face à l’univers numérique qui par défaut conserve tout… Ce qui est vite ingérable. Gmail propose de conserver par défaut tous nos mails. Tout y est accumulé, mais le tri s’effectue grâce à notre mémoire réelle: par ce dont on arrive à ce souvenir. Ce qu’on a oublié, c’est ce qui n’était pas important. C’est parce qu’on ne l’a pas oublié qu’on sait comment retrouver un vieux mail d’il y a trois ans !
Nous avons trop de mémoires numériques. La bonne réponse n’est pas la mémoire, mais l’histoire. L’histoire, c’est ce qui reste quand on a fait le tri, ce qu’on a jugé important, ce qui fait sens.
L’une des réponses que j’ai développées sans m’en rendre compte avec ARHV puis Culture Visuelle, c’est de faire l’histoire en cours de route, d’essayer aussi vite que possible d’interpréter, de fixer une signification, de focaliser sur les éléments symptomatiques… Produire du sens est une réponse efficace en termes de gestion de l’information.
L’important, ce n’est peut-être pas les collections de photos qu’on amasse, mais l’acte de produire la photo. Comprendre pourquoi prendre une photo est important au moment où on la prend, plutôt que pour sa pseudo-valeur mémorielle. Ce sont les nouvelles questions qui s’ouvrent à partir de l’observation des outils d’aujourd’hui.
Propos recueillis par Hubert Guillaud, le 27 janvier 2010.
André Gunthert est maître de conférences à l?Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), il dirige le Laboratoire d’histoire visuelle contemporaine (Lhivic), première équipe de recherche française consacrée aux visual studies, qu’il a créé en 2005. Il a fondé en 1996 la première revue scientifique francophone consacrée à l’histoire de la photographie, Etudes photographiques, qu’il a dirigée jusqu’en 2008. Ses travaux actuels portent sur les nouveaux usages des images numériques et les formes visuelles de la culture populaire. Il a lancé récemment une plateforme de blogs consacrée à la culture visuelle, sur laquelle il tient son propre carnet de recherche, qu’il faut compléter par son bloc-note personnel.
Image : André Gunthert lors d’une récente intervention présentant Culture Visuelle, par Didier Roubinet.